EURL ou SASU : faut-il te verser un salaire ou des dividendes ?

Le même bénéfice peut te coûter très différemment selon que tu le sors en salaire ou en dividendes — et la bonne réponse s'inverse entre EURL et SASU.

Deux chemins pour sortir le même argent

Dans une société (EURL ou SASU), le bénéfice ne t'arrive jamais automatiquement dans les poches : tu dois choisir de te verser un salaire, des dividendes, ou un mix des deux. Chaque chemin a son propre coût en cotisations et en impôt — et ce coût n'est pas du tout le même selon le statut.

Le salaire : TNS en EURL, assimilé salarié en SASU

En EURL, le gérant majoritaire est travailleur non salarié (TNS) : ses cotisations sociales représentent environ 45 % du montant net versé. En SASU, le président est assimilé salarié : ses cotisations (patronales et salariales cumulées) représentent environ 80 % du net versé. Se verser 1 000 € de salaire net coûte donc structurellement presque deux fois plus cher à une SASU qu'à une EURL.

Les dividendes : la flat tax, sauf la règle des 10 % en EURL

Les dividendes sont soumis à la flat tax de 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux) dans les deux statuts — après que le bénéfice a déjà supporté l'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). En SASU, c'est tout : aucune cotisation sociale supplémentaire sur les dividendes, quel que soit leur montant.

En EURL, un piège existe : la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social est requalifiée en rémunération et soumise aux cotisations TNS (environ 30 % de ce revenu) à la place des prélèvements sociaux, en plus des 12,8 % d'impôt. Avec un capital social minimal (souvent 1 €, le minimum légal), la quasi-totalité des dividendes peut se retrouver fortement taxée.

Ce que ça donne en pratique

  • EURL : se verser un salaire est généralement moins cher que distribuer des dividendes (sauf capital social élevé) — les 45 % de TNS restent inférieurs au cumul IS + flat tax + requalification.
  • SASU : c'est l'inverse — distribuer en dividendes évite les 80 % de charges sur salaire, tant que le cumul IS + flat tax (environ 42 à 49 % du bénéfice) reste plus avantageux.
  • Attention à la retraite : en SASU, des dividendes seuls ne valident aucun trimestre. Il faut un salaire d'environ 6 000 € brut par an pour en valider quatre — un coût à intégrer avant de conclure que la SASU est « toujours » gagnante. Et pour qui reste à une tranche d'imposition basse (11 %), l'EURL passe souvent devant.
  • Dans les deux cas, ta tranche d'imposition personnelle influence aussi le calcul : plus elle est élevée, plus la flat tax (qui inclut un taux d'IR fixe de 12,8 %, souvent inférieur au barème progressif) devient intéressante face à un salaire taxé à ton taux marginal.

Un exemple qui illustre l'écart

Sur un même bénéfice de 60 000 € avant rémunération, une EURL qui se verse un salaire quasi maximal peut dégager plus de net qu'une SASU qui fait la même chose — mais si les deux distribuent tout en dividendes, l'écart s'inverse presque totalement : la SASU s'en sort alors mieux, parce qu'elle n'a pas la requalification des dividendes que l'EURL subit avec un petit capital social.

Pas une formule universelle

Le bon dosage dépend de ton bénéfice, de ton capital social (pour l'EURL) et de ta tranche d'imposition — il n'y a pas de règle fixe à appliquer sans calcul. Le simulateur et le comparateur de statuts de Comtivah cherchent automatiquement, pour chaque situation, le dosage qui minimise le total prélevé, et expliquent pourquoi.